La routine et le miroir de la salle de bain

La routine et le miroir de la salle de bain

Nous sommes le principal vecteur de notre routine. Elle n’est pas notre prison. Nous sommes nos propres geôliers.

 

Chaque matin, le même visage, les mêmes expressions, les mêmes réactions. Prisonniers de notre corps et de notre esprit, nous reproduisons invariablement les mêmes schémas.

 

Changez le décor, c’est toujours le même acteur sur les planches. Celui que vous connaissez par cœur. Par raison, surtout. Une chose est certaine: on a déjà vu ce film précédemment.

 

Un matin. Un lundi matin. La pluie. Une liste interminable de tâches à faire. Un peu de plaisir. Du travail. Beaucoup de terrain conquis. Quelques surprises au rendez-vous. Le miroir de la salle de bain… Un sentiment de déjà vu. De déjà vécu. Un éternel recommencement.

 

La routine est une fatalité. Nous sommes le visage de ce traintrain. L’incarnation de cette destinée. Les yeux de ce puits. Impossible d’y échapper.

 

L’accepter est la seule issue. S’accepter. La connaître. Se connaître. L’aimer. S’aimer.

L’amour et l’amour

L’amour et l’amour

Avoir tant de choses à exprimer, mais être sans voix.

 

Les doigts engourdis. Le corps lourd. L’esprit confus.

 

Voir défiler les tweets. Ce carrousel sans fin. Vertigineux et anxiogène. Les news, les angles, les opinions, les avis, les idées, la résistance, l’humour, la haine et l’amour. Le relativisme géographique, les décisions politiques, le communautarisme, les intérêts économiques, les religions, les guerres, l’analyse micro, la vision macro. La médaille et ses deux faces. Toujours.

 

Éteindre son écran pour arrêter ce défilement incontrôlable. Mais constater qu’il continue présent. Dans le crâne. Plus que jamais présent. Profondément. Mêlé à des embryons de réflexion. À de vaines tentatives d’explication. À des peurs. À des souvenirs. À ces visages croisés à travers les frontières, les gamins du Mékong, les croyants du Gange, les fantômes aborigènes, la petite fille des Lençois, le vieil homme de l’Altiplano, la petite fille mendiant dans ce tunnel de Tana, les paysans chinois, les sans-abris en face du Delhaize. C’est sans fin. Sans issue.

 

Le cerveau est une machine à laver infernale. Le tambour ne cesse de cogner les parois. Le linge est plein de sang.

 

Freiner. Ralentir le flux continu. Se mettre à rêver à la « maison ». Sous ce soleil réconfortant, la mer, l’aridité de l’Alentejo, les ruelles pavées de Porto. C’est ça. Ça doit être ça. Un cap.

 

Revenir à la réalité et se demander pourquoi. À quoi ça sert ? Quel est le sens de ce que je vais faire aujourd’hui ? De ce que je pourrais dire ou écrire. Quel est l’intérêt même de ces questions ?

 

Avoir tant de choses à exprimer, mais être sans voix.

 

L’amour, un gouvernail.

#Bruxelles22032016