Un homme debout et un homme couché

Un homme debout et un homme couché

Assis confortablement.

 

Genoux pliés. Chevilles croisées. Coudes déposés.

 

Je lisais « Un homme debout » de Franck Lopvet.

 

L’histoire d’un gars qui avait des rhumatismes.

 

Un livre puissant.

 

Une véritable claque qui a fini de m’allonger.

 

Couché inconfortablement.

 

Lombaires analgésiées. Nuque crispée. Crâne anesthésié.

 

J’essaye de m’en remettre. De réfléchir aux paradoxes qu’il décrit.

 

Tout est polarisé. Qu’il dit!

 

Essayer de se mettre debout, c’est refuser l’état allongé.

 

Impossible de me relever.

 

Un homme couché.

Le billet de lotto et le wanderer

Le billet de lotto et le wanderer

Lire. Jamais assez de temps. Toujours dépassés par d’autres priorités, les bouquins finissent par prendre la poussière. Tous les matins, ils me supplient de leur accorder un centième de l’attention que j’offre à ce satané téléphone. Il m’arrive d’en prendre un. Que je n’ouvre pas de la journée!

 

Et puis, il y a ses regains de motivation, fondés sur une envie profonde et sincère de se plonger dans ces châteaux de lettres. Ces constructions, à la fois, bancales et indéfectibles. Ces équilibres tantôt fragiles tantôt puissants, tendus entre l’auteur et son lecteur. Découvrir leurs secrets et se perdre dans leurs dédales. Oublier le réel.

 

Ce matin, c’est l’une de ces journées. J’en saisis un. Je prends avec conviction l’un des derniers Sylvain Tesson. « Éloge de l’énergie vagabonde ».

 

Je file. Je suis déjà en retard. En attendant le métro, je rêve déjà de m’installer confortablement dans le wagon. Suivre Tesson dans ces voyages. Du corps et de l’esprit. Ces quêtes solitaires qui remettent tout en question. Rêver à cette vie vagabonde et libérée des contraintes matérielles. Penser à cet état de l’Être qui oublie définitivement le confort matériel pour s’abandonner à la passion. À la vie. S’enfuir dans son être intérieur. Sans attaches. Le wanderer. La fuite. Cette utopie.

 

Le métro arrive. J’y suis presque. Je me fraye une place. Je frotte la couverture en la scrutant comme si c’était la première fois que je la voyais. Je souris. La dame en face me prend certainement pour un fétichiste dérangé. Ou pire, pour un mec heureux dans le métro, à 8h23. J’inspire profondément en fermant les yeux pour faire abstraction de son regard pesant et castrateur.

 

J’ouvre le livre. Le sésame qui va illuminer cette matinée grise de janvier.

 

Tiens… Un marque-page?

 

Un vieux billet de lotto. Tesson attendra demain…